Toujours plus de placards

Hier, j’ai pris du temps de repos. Je ne suis pas sortie, et j’ai passé ma journée à lire et cuisiner. Et pour m’accompagner, j’ai rattrappé mon retard dans mes flux RSS – blogs, vidéos, podcasts. Parmi les vidéos qui m’attendaient, il y avait deux vidéos de Matthieu de Vivre Avec, l’une de conseils sur le coming-out et la seconde sur le vécu de la maladie par nos proches (d’ailleurs, si tu parsses par ici, merci beaucoup, comme toujours <3). Je vous conseille de les regarder avant de lire la suite même si vous devriez pouvoir me comprendre sans les avoir vues.

Je veux revenir sur ces deux vidéos parce que je m’y suis particulièrement retrouvée. Je suis une femme cisgenre bie et bipolaire. Je ne parlerai donc pas, contrairement à Matthieu, de transidentité, mais des deux derniers termes : bie et bipolaire. [Je n’en parlerai pas, mais des parallèles sont faisables entre certaines situations]. Il y a 3 ans, je me suis cassée une vertèbre. Les 6 mois d’arrêt qui ont suivi ont été l’occasion pour moi de réfléchir à énormément de choses. C’est véritablement pendant cette période que j’ai pris conscience de ma bisexualité et que j’ai réalisé que je ne suis pas neurotypique. Et ça a été très rapide. 6 mois, c’est peu pour faire 1000 coming-out. J’en avais pas l’énergie, ni les outils pour savoir comment faire ou quoi dire. Alors j’ai rien dit.

Aujourd’hui, j’assume tout ça au quotidien, ce sont des sujets qui peuvent arriver dans la conversation quotidiemment. Mais ma “famille” (au sens commun du terme, même si ça n’a pas vraiment de valeur pour moi, ma famille sont celleux que je choisis et qui me choisissent chaque jour – et je vous aime) n’en sait toujours rien. Je n’ai jamais fait de coming-out, à part à mes frères mais ils sont cools. Le plus important “coming-out” que j’ai fait ne concernait pas ma sexualité mais ma santé, et c’était au près de ma maman. Comment, dans un monde qui prône “la santé avant tout”, peut-on expliquer à nos proches que “non, désolée, ça c’est pas possible” ? Entre la peur de s’entendre dire que “c’est dans ta tête”, “t’as pas l’air malade” ou autre “c’est une mauvaise passe, ça va aller”, celle que la·e proche à qui l’on dit tout ça décide de nous “sauver” (parfois, pour ellui, de nous-même), qu’iel décide de divulger ce qu’on lui confie à tou·tes celleux qu’iel connait, la peur de laui blesser aussi… Ce n’est pas une décision facile. Personnellement, j’ai tenu à en parler franchement (plus ou moins, je ne tenais pas non plus à la noyer sous les détails parfois difficiles) avec ma maman parce que j’avais besoin de son soutien, notamment aux réunions de famille, et d’autant plus que mon grand-frère (mon meilleur allié) partait pour plusieurs mois. Tout ce que je listais plus tôt, ce sont des situations que j’ai vécues, à diverses échelles et dans divers contextes, mais qui s’accumulent et sont lourdes à porter.

Je viens d’avoir les résultats de mon premier semestre à l’école de sages-femmes, et je valide toutes mes matières [je suis super fière de moi mais c’pas le sujet]. La réponse que j’ai le plus eue en l’annonçant à mes proches ? “Bah tu voiiis, on t’avait dit de pas stresser autant”. Mais vos gueules. Le stress et mon incapacité à le gérer font intégralement partie de ma maladie. Ça sert à quoi de me dire ça à part à me signaler que je vous ai bien fait chier ? Comme l’expliquait très bien Matthieu, on le sait qu’on vous fait souffrir, enfin que notre maladie vous fait souffrir (personnellement, je “sais” en théorie que c’est la deuxième option, mais je ressens bien plus souvent que c’est la première). Me culpabiliser n’arrange rien. Je sais que j’en demande beaucoup, et je ne peux pas vous en vouloir de vous protéger en vous éloignant de moi – c’est d’ailleurs quelque chose que je recherche activement quand je suis suffisamment lucide / déprimée (selon le point de vue). Mais venir me culpabiliser d’aller mal n’aide personne. C’est très dur d’écrire tout ça, très dur de poser des limites, de savoir comment me gérer et je comprends que vous soyez paumé·es, je le suis aussi. Je vais juste essayer de donner deux conduites à tenir à garder à l’esprit et qui peuvent aider :

1) Ne faites rien sans mon accord, peu importe à quel point vous pensez que je vais mal et vous pensez que ça m’aiderait. Il y a quelques semaines, j’étais vraiment en dépression un dimanche. Un pote, voulant bien faire, s’est invité chez moi pour essayer de me changer les idées. Ma coloc pensait que c’était prévu donc elle l’a laissé rentrer. Je commençais à remonter la pente mais j’étais pas du tout prête à voir qui que ce soit. Ça m’a renvoyée 4h en arrière. C’est pas hyper grave, mais sur le moment c’était vraiment dur, et pendant plusieurs jours je ne me sentais plus en sécurité chez moi. S’il-vous-plait, ne faites pas ce genre de choses.

2) Si vous avez des reproches à me faire, faites-les autant que possible en face à face (ou en appel vidéo si ce n’est pas possible). Sinon, c’est très compliqué pour moi de ne pas sur-interpréter chaquue mot, j’essaie de ne pas répondre instantanément pour ne pas réagir “à chaud” mais c’est compliqué et je finis souvent par me prendre la tête pendant des jours sur une phrase. Typiquement, on s’est pas mal prises la tête avec ma coloc la semaine dernière. Dans un de ses messages, elle disait commencer à visiter d’autres apparts. Je continue de penser que je vais rentrer un soir et qu’elle sera partie.

Je sais que mon existence est souvent difficile à vivre pour vous. J’en suis désolée. Mais comme vous n’avez pas trop l’air d’accord pour que je me suicide, vous n’avez que deux choix : accepter cette souffrance et vivre avec, ou me sortir de vos vies. Je comprendrai et accepterai les deux options. En tout cas, merci d’avoir été là.

Much love,

CamEpicenes

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