Transphobie

tw; transphobie, agression

Il n’y a pas spécialement une situation qui m’ait fait prendre conscience de la transphobie générale. Bon, bien sûr, il y a eu des étapes, littéralement, plus frappantes, mais pas une qui se démarque. Tout se fait à un débit de transphobie important et constant.

La première phase à laquelle j’ai eu droit était lorsque j’ai ébranlé pour la première fois la masculinité ciscentrée, avant même que je m’out à mes proches. La première fois que j’ai mis du vernis ou porté une jupe en public. Les regards accusateurs, les questions intrusives, les murmures… Cette transphobie (ou plutôt cissexisme ici) n’est pas brutale, mais elle n’est pas moins violente. Elle s’immisce partout, tout le temps, et est inévitable. Elle alimente la dysphorie et les phases de douloureuses remises en question.

Ensuite cette phase de transphobie s’intensifie et s’affirme. Ce ne sont plus que des gens qui « au fond ont des bonnes intentions, c’est juste qu’iels savent pas », et en plus des mégenrages, murmures, regards, il y a de l’hostilité. Insultes, rejet par la famille, moqueries, crachet, et coups (même si je ne sais pas si cette fois c’était spécifiquement transphobe). Cette phase est douloureuse, et alimente la difficulté de subir les attaques de la première phase.

Puis l’institution. Tu comprends que rien n’est fait pour te faciliter les choses (ou la gestion des dommages des deux premières phases). Au contraire.

Les lois ne sont pas les mêmes pour les personnes trans que pour les personnes cis.
L’accès au soins n’est pas le même et est psychiatrisant.
La qualité des soins n’est pas la même.
On nous prive de l’accès à notre identité et à nos corps.

L’administratif a des procédures longues et pénibles (par exemple, devoir justifier notre prénom par des preuves des proches).
Les lieux ne sont pas adaptés (toilettes et vestiaires genrés) où l’on ne se sent pas en sécurité. Et, si problème il y a, ne comptons pas sur les flics —brûlons-les.

Si j’ai pris le temps d’écrire ça c’est pour montrer à quel point la transphobie s’immisce partout dans nos vie, et que ça m’a frappé hier. Hier j’allais à un concert dans le cadre du festival Pride N’ Art. En quittant mon appartement j’ai pris conscience d’une chose: je ne me suis pas préparée à aller à une soirée normale. J’ai pris une trousse de premiers soins bien garnie. J’ai vidé mon portefeuille des choses de valeur et ai caché les choses indispensables dans mes sous-vêtements. En bref, je suis partie du principe, automatiquement, que si je ne me faisais pas moi-même casser la gueule et voler mes affaires, la probablité était non nulle pour que j’en sois témoin. C’aurait été normal qu’un groupe de fafs vienne pour nous détruire, ça ne m’aurait pas étonnée. J’ai compris, par mon vécu et le récit de mes adelphes, que je devais avoir peur des autres.

Du coup, ça explique ma difficulté à rentrer dans chaque espace genré. À sortir le soir (en bonus, combinez ça à la mémoire d’un tabassage trop récent). À croiser des gens dans la rue et à y marcher de la façon qui me va, habillée de la façon qui me va.
J’ai appris à avoir peur d’être moi.

À bientôt

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