Marre des valides (et de moi-même)

Je pleure en écrivant, alors il est plus que probable que cet article soit décousu. J’en ai marre des valides, parce que j’en ai aussi beaucoup marre de moi-même. Ce qui n’empêche que vous êtes des connard·sses. Le mois d’avril a été très très compliqué du point de vue de ma santé mentale. J’ai fait ma plus longue phase de dissociation de toute ma vie. Quand je dis dissociation, je veux dire que j’étais incapable de ressentir quoi que ce soit, je faisais tout sur le mode automatique, entre-coupé d’épisodes bien chouettes (non) d’hypersensibilité où je cherchais donc à revenir à la dissoc’ parce que trop d’un coup et d’épisodes où je me mutilais juste pour voir si ça allait réussir à me faire ressentir quelque chose. J’y ai gagné mes premières cicatrices, ça me dégoute. Cette dissoc’ a démarré parce que j’ai fait une crise de panique en apprenant que Notre-Dame brulait. J’ai environ zéro attachement à des cailloux, mais allez savoir pourquoi, mon cerveau avait décidé qu’il était plausible que mon grand frère soit dedans. Ajoutez à ça un pote qui m’engueule pour un truc pour lequel je ne saisis toujours pas ce que j’ai fait de mal, même un mois après, et biiiim j’étais lancée. Juste parce que j’ai un peu envie de m’énerver – après tout, c’est le sujet de l’article, z’étiez prévenu·es – quand un·e pote handi·e vous dit “non mais là ça va pas, on en parle plus tard si tu veux” ça veut dire PAS MAINTENANT TU FERMES TA GUEULE. Autre chose, et ça n’est PAS applicable à toutes les formes de neuro-atypie (parlez à vos potes, jsuis pas elleux ni leurs psys), me dire “il faudra qu’on parle de ça” ça me donne juste l’impression que c’est tellement méga grave ce que j’ai fait que il faut prévoir un créneau exprès pour en parler. Donc je vais angoisser et me faire des films sur ce que vous avez à me dire. Généralement, pour rien. Si vous avez des trucs à me dire, dites les moi, j’aime pas le suspens. Bref, retour à Nantes, reprise du psy, c’est la merde mais je m’en sors tant bien que mal – première fois que j’ai eu les pompiers chez moi, quand même. (D’ailleurs, contente (NON) de savoir que bientôt si j’ai besoin d’être hospitalisée pour TS les flics auront potentiellement accès à cette info pour la mettre dans ma fiche S). Enfin bref, presque l’impression de revenir aux allers-retours habituels. Avant les vacances, mon psy m’avait demandé de récupérer mes journaux – j’en tiens un depuis que je sais écrire ou presque – chez ma maman, pour pouvoir regarder si certains traits de mon état mental actuel sont déjà visibles il y a quelques années. Pendant une crise la semaine dernière, le fait de m’être remis certains passages en tête fait s’imposer à moi le fait que ça fait maintenant plusieurs années – la majeure partie de ma vie, même – que je dis qu’il faudrait que je meurre. Parce que je vais finir par me buter, et que plus vite je mourrais plus vite les gens qui me connaissent pourront faire leur deuil, et moins celleux qui ne me connaissent pas auront de chances (ou plutôt de manque de chance) de s’attacher à moi. Je communique donc à ce sujet auprès d’ami·es très proches : j’aimerais bien que, en l’absence d’évolution de ma santé mentale, on m’aide à obtenir l’euthanasie. Evidemment, tout le monde m’envoie du soutien. Mais j’ai aussi un·e ami·e (merci <3) qui m’a dit “écoute, si vraiment c’est ce que tu veux, on peut faire différents plans, et que ça ce soit la dernière option si le reste marche pas, mais on peut le planifier quand même”. Si vous n’êtes pas dans ma tête et mon corps (et vous ne l’êtes pas donc vous… vous… fermez votre gueule, oui bravo !), vous ne pouvez pas comprendre à quel point ces mots m’ont touchée. Pour une fois, rien qu’une fois, quelqu’un·e ne minimisait pas ce que je vis tous les jours, ne me disait pas “mais non ça va passer”, ne jugeait pas, ne s’énervait pas, ne cherchait pas à me culpabiliser, et à l’inverse, ne me mettait pas dans la tombe (dont je ne veux pas, donnez mes organes et le reste à la science). Pour une fois, quelqu’un·e voulait bien m’accompagner, construire un vrai projeeeeeet (fallait bien que je le case quelque part) qui prenne en compte toutes les options. Pas contre mon état mental, pas de lutte, pas de bouclier, juste marcher ensemble. C’est peut-être un peu plus clair pour vous, sinon bah tant pis, faut bien que j’avance dans cet article oh. Je disais, ces mots m’ont vraiment touchée. Alors quelques jours plus tard, j’ai voulu en parler à un pote valide, qui est déjà au courant de ma santé. Sa réponse? “Je déteste cet acte du plus profond de mon être” (je cite), suivi de “Je préfère ne pas savoir quand tu as ce genre d’idées” (là je paraphrase). Ah bah cool, ça faisait longtemps que j’avais pas eu de dose de culpabilisation dis donc. Sympa de savoir que le jour où je me bute, déjà que je risque de pas être dans un super état, mais il faudra aussi que je sache (parce que c’est im-por-tant que je sois au courant, surtout) que tu vas me haïr, cool ! Et pour la suite… C’est chouette que vous puissiez vivre sans penser ce genre de trucs, vraiment. Et je comprends que vous soyiez tristes de savoir que vos potes vont mal. Mais si vous n’êtes pas là quand c’est le cas, si vous préférez l’ignorer et n’être là que quand tout va bien… Bah vous n’êtes pas des ami·es, en fait. En plus de tout ça, j’ai énormément de mal à mentir, alors quoi, je vous évite quand je vais mal? C’est à dire plusieurs fois par semaine? Comment je fais si on avait prévu de faire quelque chose et que je dois annuler à la dernière minute? Je serai bien obligée de mentir, et bah je veux pas. Je vois pas pourquoi j’aurais à cacher ma santé pour votre confort, en fait. Vous voulez pas savoir que j’ai régulièrement envie de mourir? Alors vous n’avez rien à faire dans ma vie. C’est pas simple d’écrire ces lignes, j’en ai vraiment marre MARRE MARRE de devoir me séparer de potes et d’ami·es parce que je “dois” faire passer ma santé avant. Ce soir, un mec que j’ai chopé (quelle idée de choper des mecs cis hét aussi) m’a balancé “je comprends pas qu’on arrive pas à se voir depuis une semaine, pourtant t’es en mi-temps ça devrait être plus simple”. Mais POURQUOI TU CROIS QUE J’AI UN MI-TEMPS DUCON?! Les relations – amicales ou pas, j’ai jamais bien saisi la différence à part le sexe dedans – c’est bien trop compliqué à gérer pour moi. J’en ai marre de trop demander tout le temps, d’essayer de vous foutre la paix quand ça va pas et d’échouer même à ça. Marre de rien comprendre à ce qui m’arrive. Quand j’étais petite, j’étais abonnée à WITCH. Une des héroïnes pouvait effacer des trucs avec une gomme. Je voudrais qu’elle la passe sur mon existence. Pouf, jamais existé, rayée de vos vies et de vos souvenirs.

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2 réflexions sur “Marre des valides (et de moi-même)

  1. fedoap dit :

    Mh ça revient à notre discussion de tout à l’heure.
    Du coup je le réaffirme; je considère qu’on devrait pouvoir faire ce que l’on souhaite de sa vie ; même si c’est y mettre fin.
    Bénie soit cette amie.
    Je plussoie et (te) soutiens.
    et quoique soit ce dont tu es besoin ; hésite pas.
    Et ça me fait penser à ce film « avant toi », que j’ai apprécié. 🙂

    Aimé par 1 personne

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