Des POILS

Il y a quelques jours, Caro de La Carologie (ici sur Youtube et ici sur Twitter !) a publié une vidéo sur ses poils, et ça m’a donné envie de faire un article sur ça! Pour changer (non), cet article n’est pas du tout prévu, ça risque d’être un peu le bazar, vous êtes prévenu·es 😉

J’ai commencé à me raser quand j’avais genre 13 ans. Je n’avais absolument pas de poils à l’époque (j’ai eu une puberté assez tardive par rapport à la moyenne, j’ai eu mes premières règles à 15 ans et demi – moyenne française : 12.6 ans en 1994 – non j’ai pas eu 15 ans en 1994 vu que c’est mon année de naissance, mais c’est la dernière étude citée sur le site de l’INED ^^’). J’ai commencé à me raser parce que je me prenais beaucoup de remarques insultantes à l’école sur mon absence de formes etc (c’est d’ailleurs aussi pour ça que j’ai commencé, à peu près en même temps, à me maquiller et mettre des soutifs). Comme ça, c’était pas que j’en avais pas, juste que contrairement aux autres meufs, je prenais suffisamment soin de moi pour me raser régulièrement. Ma maman ne se rasant/épilant pas, c’était super difficile d’aborder le sujet avec elle, je pense que j’étais trop jeune et complexée pour lui expliquer que je faisais ça pour échapper aux pressions et moqueries des autres élèves.

J’ai jamais eu d’argent de poche (je me plains pas, j’ai manqué de rien ^^), du coup l’esthéticienne c’était pas dans mes moyens. J’ai un peu tout testé en dehors de ça, cire chaude, froide, crème d’épilatoire, épilateur électrique (plus tard, quand j’ai eu une carte bleue et de l’argent à mon anniversaire que je pouvais utiliser sans que ma maman le sache), rasoir… Et j’en étais arrivé à une bonne combinaison : rasoir principalement, et de temps en temps épilateur électrique pour les aisselles et bandes de cire froides pour le pubis. Ca m’allait bien parce que c’était pas trop cher, hyper rapide et je pouvais faire ça quand je voulais, discrètement sous ma douche. Ça a duré environ 9 ans.

Et puis l’année dernière, j’ai arrêté. Ouais, quand on peut pas prendre de douche, se raser ça devient compliqué. Et c’était le cas après mon accident – si vous voulez en savoir plus, par ici 😉 Les premières semaines, je culpabilisais de pas le faire. Je vous jure, j’avais pas le droit de m’asseoir, et par moments, ce qui me gênait c’était que mes jambes et aisselles soient pas rasées ! C’est devant ce constat que j’ai commencé à me poser des questions. En parallèle de ça, le fait d’avoir énormément de temps sans pouvoir me lever à fortement accéléré ma re-politisation (que la prépa avait bien enterrée), et donc m’a fait lire des féministes qui en parlaient, aussi. Et je me suis rendue compte que je le faisais par habitude, par pression sociale, par impératifs sociétaux sexistes. Et puis, de toute façon, pendant 4 mois de corset, et un peu plus le temps de repouvoir me déplacer et me doucher normalement, j’avais pas le choix. J’ai eu quelques remarques de potes, mais plus du style “ah ouais, tu peux même pas te raser” que pour m’engueuler – vive la pitié dans ce discours, le sexisme (parfois intériorisé) et le validisme, mais “au moins” c’est bienveillant. Une seule situation, pendant que j’avais mon corset, m’a vraiment choquée. Au moins de mars, on a eu une semaine à Nantes où il faisait très chaud. Et en corset, quand il fait chaud il fait TRÈS chaud, parce qu’à l’intérieur de ce truc, il y a peu d’aération, donc bref j’avais chaud ^^ Du coup, je suis allée chez le kiné en jupe (assez courte) et teeshirt, avec mes baskets (que je devais porter pour mon dos). J’étais en débardeur, donc on VOYAIT mon corset. Une personne (je me souviens même plus son genre apparent, tellement j’ai été choquée) s’est permise de m’arrêter dans la rue, sur le chemin pour le tram (50m, quoi) pour me dire que “quand même, vous pourriez rentrer et vous raser les jambes, c’est indécent”. Je vous jure, j’ai planté.

Comme je le disais, donc, en 4 mois d’arrêt, j’ai eu une politisation en accéléré. Etant globalement confinée à mon lit, je passais ma vie (bon, en dehors des 15 à 18h de sommeil quotidiennes) sur mon ordi, à regarder des documentaires, des intégrales de chaînes YouTube, des blogs entiers… J’avais plus envie de recommencer à me raser. Mais, comme Caro en parle dans sa vidéo, les premiers mois – et c’est encore le fois par moments – ont été compliqués, j’étais tellement habituée à voir mon corps glabre et à penser que c’était la seule façon d’être pour qu’une femme soit désirable que j’aimais plus mon corps. C’était d’autant moins facile qu’à ce moment-là, il fallait que je réapprenne à marcher et m’assoeir sans soutien, que j’étais chez le kiné tous les deux jours. Bref, j’étais déjà pas super fan de mon corps et de ce qu’il pouvait faire à ce moment-là, donc rajouter l’impression d’être hideuse, c’était pas top. Mais comme les premiers mois, quand j’avais mon corset, je n’avais pas le choix, j’ai commencé à faire beaucoup de self-care (je n’arrive pas à trouver de traduction fidèle à ce que je veux dire… ça serait proche de “prendre soin de soi-même de façon très bienveillante”) pour être bien mentalement malgré la douleur et les difficultés. Et j’ai du coup continué après avoir retrouvé mon autonomie, c’était plus compliqué parce que je n’avais plus l’impossibilité de le faire, et que ça impliquait de beaucoup plus assumer que c’était un choix politique. Je ne pouvais plus me cacher “derrière” le fait de ne pas avoir le choix. Et ça, ça voulait dire passer une partie de mes interactions sociales à expliquer ce choix. C’est même arrivé (et j’en parlais ici) à un weekend associatif, qu’on vienne me demander des explications comme ça, sans me connaître, de but en blanc.

Ca fait donc plus d’un an maintenant. Et bah j’ai appris à aimer mon corps comme ça, et je suis contente d’avoir pu réduire à la fois mes factures et ma production de plastique, en plus de gagner pas mal de temps et m’aimer un peu plus ! Le truc qui me manque le plus ? Se glisser dans des draps propres avec les jambes impeccablement rasées. Mon truc préféré ? Le vent sur mes jambes, c’est in-croy-able comme sensation. Encore une fois, je ne vous dit pas de ne pas vous raser. Ou de le faire. Mais se poser des questions, c’est cool 😉

A bientôt et des bisoux !
CamEpicenes

D’autres vidéos de meufs sur leurs poils ? Mais bien sur 😀 (je conseille leurs contenus par ailleurs 😉 ) Par iciiiii pour les vidéos d’Antastesia, de Marinette, de Clemity Jane, d’Esther … Et si tu en as d’autres tu peux les mettre en commentaire !

7 réflexions sur “Des POILS

  1. La Nébuleuse dit :

    Merci pour ce superbe témoignage ! Aujourd’hui je suis en mode slow épilation, c’est à dire que ça m’arrive encore de temps en temps mais je n’ai plus jamais ce sentiment d’obligation, ça ne me pose plus aucun souci d’aller à la piscine ou à la plage non épilée… J’ai un peu plus de mal dans les transports en commun par exemple, quand il y a une forte proximité et que le regard des autres n’est pas toujours agréable. Mais plus ça va, plus je m’y fais, et plus mon sentiment de légitimité me pousse à continuer ! Là ça doit faire 6 mois (bon on est en hiver aussi ça facilite), et ça me va très bien comme ça. Le plus difficile, comme tu le soulignes, c’est de déconstruire l’image de soi qu’on a forgée… une image sans poils.

    Aimé par 2 personnes

  2. CamEpicenes dit :

    Exactement ! Et je compatis pour les transports en commun, c’est vraiment que c’est surement l’endroit où c’est le plus difficile à gérer (avec les situations d’intimité peut-être). Plein de courage à toi ❤

    Aimé par 1 personne

  3. La Nébuleuse dit :

    Pour les situations d’intimité je pense que ça dépend beaucoup de l’entourage et de ce côté là, heureusement, je suis tranquille ! (et mine de rien, ce n’est pas rien d’avoir un copain et des potes mecs qui t’encouragent à 100% là dessus)

    Aimé par 1 personne

  4. Fedoap dit :

    Abusée la personne dans la rue !!!
    Que tu sois handicapée ou non ; ABUS total !!!! Fuck j’aimerais un redo et lui dire tout le bien que j’en pense !!! Me v’là en pelote !
    Bon mais du coup je tombe sur cette article trop tard… J’ai déjà mis « ma » phrase sur mon autre commentaire 😉

    Keep doing ! Au final je me rends compte que y a plein de gens pour qui ça importe 0 c’est effectivement souvent d’abord notre regard sur ns même le plus violent…
    Du coup effectivement ; y réfléchir est déjà un joli moment pour soi 🙂 que ce soit vers l’acceptation ou la compréhension 🙂

    🤗

    Aimé par 1 personne

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