Comment je suis devenue vegan

Cet article est la traduction d’un article que j’ai rédigé en anglais ici. English version available here.

Dans un monde vegan, personne n’aurait à transitionner vers le véganisme, du coup pas besoin d’argumenter sur le temps que cette transition a prise. Malheureusement, on n’habite pas dans ce monde. Voici donc l’histoire de ma transition, et pourquoi c’est important.

J’ai grandi dans une famille où la nourriture était très importante. Les parents de ma maman n’avaient pas beaucoup d’argent. Mon grand-père était fromager. Elle a fait toutes ses études en étant boursière, et c’est comme ça que j’en suis arrivée là. Pour elle, du coup, c’était très important qu’on mange des produits frais et de bonne qualité, avec énormément de légumes dans notre alimentation. Mais c’était une alimentation omnivore. Quand j’ai emmenagé à Nantes, j’ai commencé à rencontrer des personnes vegans et végétariennes. Il y a un an, je disais des trucs comme « c’est bien, respect, mais c’est pas pour moi ». En tant que membre d’Ingénieurs Sans Frontières et en charge de l’organisation des repas pour nos rencontres nationales, j’avais fait en sorte que quasiment tous les repas soient vegans. C’étaient plus simple à organiser que de faire différents repas. A Noël et Nouvel An l’année dernière, j’avais prévu les menus pour que tout le monde puisse manger. Mais ça ne m’avait pas tranversé l’esprit de juste faire des plats vegans pour tout le monde. Je me suis pas focalisée sur ça, mais quand deux de mes meilleur.es ami.es sont devenu.es vegan, et en ayant pas mal de temps pour moi après ma sortie de l’hôpital, j’ai commencé à faire des recherches.

J’ai commencé à regarder un million de vidéos, et j’ai appris comment les industries de la viande et du lait fonctionnent réellement. Je ne voulais plus en faire partie. Mais alors, pourquoi est-ce que ça m’a pris 4 mois de devenir complètement vegan ? Pourquoi j’ai rechuté une fois depuis ? Pour moi, les difficultés qu’on rencontre pour devenir vegan se résument à deux aspects : savoir et combattre.

Savoir, parce que notre société est FAITE pour nous empêcher de réfléchir à ces sujets. L’industrialisation capitaliste de la consommation des produits d’origine animale permet aux gen.tes de dissocier ce qu’il y a dans leur assiette de l’idée d’un animal sensible assassinné. Je pense que c’est vraiment dur d’en venir à penser « go vegan » quand on ne connaît personne qui soit au moins végétarien.ne, ou sans que quelqu’un.e vous envoie des informations. Mais soit, disons que tu aies réalisé que tu ne veux pas manger des animaux, parce que ça ne correspond pas à tes standards éthiques. A l’école, on nous apprend dès le plus jeune âge qu’on a besoin de deux doses de produits laitiers par jour, de manger des œufs pour avoir des protéines, de manger de la viande pour avoir du fer. Et donc, même quand on commences à se dire que ça ne nous plait pas de manger tout ça, on est encore persuadé.es qu’on n’a pas le choix. Se mettre à penser autrement nécessite encore bien des lectures (ou visionnages ou écoutes, ce que vous préférez). Ce qui prend du temps. Qu’on n’a pas. Merci, capitalisme. Je ne dis pas que vous ne faites pas partie du problème si vous n’êtes pas vegan. Je ne dis pas que des personnes vegan ne peuvent pas s’énerver contre vous quand vous dites de la merde sur le véganisme, la viande, les produits laitiers, etc. Surtout si vous cotoyez des personnes vegan depuis longtemps. Je dis simplement que vous n’êtes pas les seul.es responsables, c’est tout. Je dis que notre société est au moins autant responsable, sinon plus.

Combattre, parce que même quand on a compris pourquoi on devrait devenir vegan et comment équilibrer un régime alimentaire vegan, il faut encore faire face à notre société non-végane. Ce qui passe aussi par le fait de se combattre soi-même, et c’est même le premier pas vers le véganisme. Une fois qu’on s’est rendu.e compte qu’on fait partie du problème et comment faire pour ne plus en faire partie, il faut petit à petit ne plus être accro aux produits d’origine animale. Ca peut être difficile, surtout si vous souffrez de Troubles du Comportement Alimentaire ou, comme moi, de maladie mentale. Je me souviens d’une fois, en Février, donc même pas un mois après que j’ai arrêté de manger de la viande. J’étais en plein milieu d’une crise, qui durait depuis deux-trois jours, et j’avais pas mangé depuis qu’elle avait commencé. Je me suis forcée à me lever et je suis allée acheter à manger, parce que je savais que ça m’aiderait à aller mieux. Et j’ai acheté des saucisses, que j’ai faites cuire avec des pâtes et du beurre. A la moitié de mon repas, j’ai recommencé à pleurer, parce que je me sentais mieux et que je me détestais de me sentir mieux. Hé oui, décider d’un coup d’un seul qu’on arrête les produits d’origine animale n’est pas forcément facile. Ensuite, une fois qu’on s’en sort mieux de ce côté-là, on peut commencer à faire savoir qu’on a changé de régime à tou.tes celleux qu’on connait. Je ne dis PAS qu’il faut avoir fait 100% de sa transition avant d’en parler à nos proches, juste que par moments ça peut rendre les choses plus simples. Entre autres parce les gen.tes vont critiquer le moindre écart, et se comporter comme si un écart voulait dire que vous n’y croyez pas vraiment, que vous n’êtes pas à fond dans votre décision. Iels ont TORT de faire ça, et tu n’es pas une mauvaise personne parce que tu te trompes ou fais quelques pas de travers, gardons tou.tes bien ça en tête. J’ai vu la dernière vidéo d’Antastesia ce matin, sur pourquoi le végétarisme n’est pas suffisait. Je suis d’accord avec pratiquement tout ce qu’elle dit dans cette vidéo. Mais ici, je veux me concentrer sur pourquoi ça m’a pris du temps de transitionner, et pourquoi c’est pas grave. Je sais qu’elle parle du fait que ça peut prendre du temps, je ne critique pas sa vidéo, c’est juste sur ce point-là que je veux me focaliser. Du coup, je suis devenue végétarienne au début du mois de Février 2017. C’était une décision mûrement réfléchie, et j’avais bien l’intention d’être végane au bout d’un moment. Mais je savais que ça ne serait pas immédiat. Comme je le disais au début de cet article, ma maman accorde une importance particulière à la nourriture. J’ai le souvenir d’avoir un budget pour m’acheter des vêtements. Sur ce qu’on mangeait, jamais. Quand je suis retournée chez elle et que je lui ai dit que je ne voulais plus manger de viande ou de poisson, on s’est pas mal engueulées. Elle ne comprenait pas que les produits de bonne qualité qu’elle achetait ne me donnent pas envie. Et elle s’inquiétait. C’était très dur, parce que je n’avais pas encore toutes les réponses, je n’avais pas fini mes lectures, les chiffres n’étaient pas figés dans ma tête. Je savais que c’était mal, à tous points de vue possibles, mais je ne savais pas l’expliquer – pas encore. On en a beaucoup parlé, et on s’est pas mal disputées sur le sujet, mais après environ un mois, elle a compris que c’était pour le mieux. Je n’habitais pas avec elle, et je ne rentrais qu’un weekend sur deux, et vers la 4e fois où je suis rentrée, elle avait même prévu un repas entier végétarien pour un soir. Pas pour tout le weekend, toutesfois, et par moments c’est vraiment fatiguant d’être entouré.e de personnes qui mangent de la viande, mais quand même, c’était un progrès. J’ai laisser retomber cette information-là. Chez moi, le seul truc non-vegan que je mangeais encore c’était le fromage, mais chez ma maman, je ne disais rien pour tout ce qui était crème, sauce à base de lait, beurre, etc. Pourquoi je mangeais encore du fromage ? Parce que ça a toujours été ma nourriture de réconfort, et que ça a été très difficile d’arrêter d’en manger, surtout en cas de crise. Ca a grandement facilité le processus de déménager à Auckland, parce que j’étais dans un environnement complètement nouveau, sans repères. J’ai dû inventer de nouvelles stratégies et routines pour gérer les crises, donc c’était pas trop dur de rajouter ça, enfin de l’enlever plutôt. Et pourtant, comme j’en parlais dans un autre article, je ne sais pas comment je ferai pour retourner à une vie en France, où énormément de monde me connait comme quelqu’une qui mange de la viande et/ou des produits laitiers. Est-ce que ma famille et mes ami.es accepteront de changer leurs habitudes, au moins en ma présence, sans être ultra relou.es ? D’où le fait de combattre.

Ce que j’aimerais que je vous reteniez de tout ça, c’est que c’est pas un soucis de prendre son temps, de faire des errreurs, pourvu que vous continuiez à travailler sur vous-mêmes et avec les autres pour que le monde soit un peu meilleur pour nous tou.tes. Et ceci est valable pour plein d’autres choses, hein : c’est pas grave que vous ayez dit des trucs sexistes. N’en dites plus, et faites savoir aux autres que vous n’êtes pas heureuxe que qui vous étiez.

Love,

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