Vivre son veganisme

Allo à tous

Cela fait maintenant environ un an et demi que je suis devenue végétarienne, et je tends de plus en plus vers le veganisme. Au début, c’était surtout par confort personnel puisque ça me permettait de me sentir en meilleur santé et que de toute manière j’ai toujours détesté cuisiner de la viande. Je me suis très vite rendue compte que ça ne changeait vraiment pas grand chose à mon quotidien, ce n’était pas plus difficile de cuisiner ou de faire mon épicerie. Quand j’étais invitée à manger, je ne faisais pas d’histoire, et je mangeais ce qu’on me proposait. Même si progressivement, ça devenait plus compliqué pour moi de manger de la viande, puisque ça ne me donnait pas du tout envie et j’avais du mal à la digérer. Mes parents n’ont pas forcément bien réagi à cette situation. Ma mère était persuadée que je ne pouvais pas être en bonne santé sans manger de viande et m’incitait toujours à reprendre de la viande alors que je devais déjà me forcer pour en manger de petites portions. Quant à mon père, il me prenais pour un lapin et pensait que je me nourrissais uniquement de salade. En y repensant, c’est assez improbable venant de leur part, puisque je n’ai jamais mangé de la viande plus d’une fois par jour chez eux, donc iels sont très capables de faire des repas végés sans que ça ne leur pose de problème. Mais ça les gênait que j’y mette une étiquette. Moi aussi d’ailleurs, j’ai plutôt essayer de dire que je ne voulais plus manger de viande ni de poisson, mais c’est resté assez compliqué. Je leur ai fait goûté des plats qu’iels ne connaissaient pas, ou n’avaient pas l’habitude de manger et ça a un tout petit peu débloqué la situation.

Je me suis expatriée pour mes études avant que ma démarche végé soit réellement aboutie, donc je n’avais pas eu énormément d’occasion d’en discuter plus que ça avec mes proches avant mon départ. Par contre, quand je suis arrivée ici, j’ai clairement établi avec les gen.te.s que j’ai rencontré que j’étais végétarienne, et que c’était mon choix personnel, et que dans la mesure où je n’essayais pas de les faire changer, je leur demandais de ne pas juger et remettre en question mes choix de vie. Et tout c’est très bien passé, bien mieux que je ne pouvais l’imaginer. Sûrement parce que mes ami.e.s sont des gen.te.s très bien, peut-être parce que la seule chose que l’on se demande est un respect mutuel. En tout cas, iels ont été parfait.e.s. Iels sont curieux.ses de comprendre ma démarche, de savoir ce que je mange, etc. Je me suis beaucoup renseignée depuis que je suis ici, et j’ai parlé de tout ça aux gen.te.s qui m’entouraient à ce moment là, tout naturellement. Donc j’avais vraiment l’impression que c’était acquis que je sois végétarienne.

Et puis je suis rentrée pour une semaine chez mes parents à Noël. J’étais contente de rentrer dans cette maison où j’ai grandis, avec mes parents, et mon frère et ma soeur. Je me doutais que la cohabitation serait difficile, et que j’aurais à manger de la viande pour éviter le conflit permanent. Mais je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi violent. A peine descendue de l’avion, je retrouve ma mère qui est venue me chercher. Au bout de quelques minutes de conversation, je lui dis que si le voyage c’est bien passé, je suis épuisée et j’ai terriblement faim. Quand elle m’a répondu « je t’ai gardé un tournedos pour que tu manges en arrivant », j’ai su que la semaine allait être longue. J’ai réussi à éviter de trop grosses portions de viande les quelques premiers jours, et ma soeur m’a pas mal aidée dans l’élaboration des menus en soulignant subtilement qu’on a pas besoin de viande à chaque repas (elle n’est pas végée, mais est persuadée qu’on a pas besoin d’une grosse quantité de viande pour se nourrir). Et après est venu le repas de Noël. Foie gras, huîtres, langoustines, et j’en passe, je n’en pouvais plus, je savais déjà que j’allais passer une nuit horrible à digérer tout ça. Quand ma mère commence à servir la viande, je lui demande le plus petit morceau qu’elle puisse trouver en lui disant que je ne mangeais pas de viande chez moi et que ça allait être dur à digéré, dans l’espoir d’échapper aux conflit et critiques. Raté. Ma tante m’a sorti un petit « ah, mais en fait t’es devenu une sale vegane extrémiste » bien senti. Personne n’a relevé, et je sais qu’elle disait ça par ignorance de tout ce que cela impliquait, mais ça m’a fait très mal. J’ai fini mon repas sans rien dire. Pendant le reste des vacances, à chaque fois que je commençais à parler de sujets tels que le veganisme, ou le féminisme, ou n’importe quoi d’un peu politique, je me faisais retranchée dans ma condition de dernière de la fratrie, comme si ça retirait toute légitimité à ma parole. Alors j’ai fui autant que possible chez Cam qui me faisait des câlins et des repas végé, c’était top (plein de love sur toi <3). J’étais tellement soulagée de pouvoir finalement rentrée chez moi, où je pouvais faire ce que je veux sans que personne n’y trouve rien à redire, et discuter avec mes ami.e.s, tous très bienveillant.e.s, qu’iels soient végés ou non.

Ma vie a retrouvée son cours habituel, mais j’ai tellement été traumatisée pendant mon voyage chez mes parents que je suis maintenant parfaitement incapable de manger de la chair animale. Je mange presque exclusivement végétalien maintenant, même s’il m’arrive parfois de manger des produits laitiers ou des œufs dans certaines situations sociales où il n’y a pas d’alternatives. Mais elles sont assez rares, et mes ami.e.s qui m’invitent à manger chez elleux sont toujours hyper prévenant.e.s, et ont une alternative pour moi. Iels m’ont même fait un gâteau vegan pour mon anniversaire alors qu’iels n’avaient jamais fait ça avant. Et j’ai vraiment sentie que j’avais le droit d’être qui je suis et de choisir la façon dont je voulais vivre. Tout ça m’a permis de parler de ce qu’il s’est passé à Noël à ma mère, de lui dire que j’étais incapable de revivre ça. Et elle a été hyper cool, elle m’a répondu que si c’est facile de reproduire les schémas qu’on avait en étant enfants quand on se retrouve tous à la maison, ce n’est pas ça qui va nous permettre d’être à l’aise. Et que c’est débile de gâcher nos moments ensemble juste pour des histoires d’ajustement. Donc ça devrait aller mieux les prochaines fois.

Bref, tout ça pour dire que dire que ma transition végé ne s’est pas fait si facilement, même si je réalise que d’autres ont eu beaucoup plus de mal que moi. Mais je pense qu’il est nécessaire d’en parler. Un très bon ami a fait sa transition dernièrement, et avait besoin d’en parler à quelqu’un.e qui avait déjà vécu ça (plein de love si tu me lis). Et j’ai moi même eu besoin de m’appuyer sur d’autres gen.te.s, et si je n’avais pas forcément de personnes vegan physiquement présentes autour de moi, j’ai mangé beaucoup de vidéos YouTube (Jihem Doe, Alice Esmeralda, Gurren Vegan, Edgy Veg, et plein d’autres). Et on n’est pas obligé.e d’adhérer à 100% à leur discours, l’important est de ne pas oublier qu’on est pas seul.e.

Ce n’est vraiment pas compliqué de devenir vegan, surtout aujourd’hui (Jihem Doe l’explique très bien ici), mais parfois tout le côté social est difficile à gérer. Et il n’y a qu’une chose à faire: parler. Le plus possible. Même si on pense qu’on a l’air idiot. Surtout si on pense avoir l’air idiot. Aux gen.te.s qu’on aime, qu’iels soient sensibilisé.e.s au sujet ou non. A d’autre personnes qui ont fait la transition. Parce qu’on est ensemble.

Plein d’amour sur vous.
Bisous et chocolat

 

Crédits photo: Giulia Reita

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s