Politique partout

Je voulais écrire un retour sur ces derniers jours. Ça me semble important de le faire, en ce lendemain d’élections, parce que j’aimerai qu’on s’entende sur une chose : peu importe qui sera élu.e dans deux semaines, on est dans la merde. Ce qui implique de réfléchir à d’autres voies d’action que le bulletin de vote, si vous ne l’aviez pas encore fait.

Samedi 22 avril 2017 – après-midi.

Je me rends, avec mon frère et un de ses colocs, au regroupement du 1er tour social, organisé à République. Il y a pas mal de stands qui présentent des problématiques actuelles, notamment un stand présentant le journal Fakir, un sur le système de compteurs Linky, un sur le boycott des élections. On discute tranquillement, et le rassemblement se transforme en manif. On rejoint le cortège de tête, on défile sans problème, tout le monde fait bloc malgré les pressions des flics qui bloquent tous les accès aux rues avoisinantes. On arrive jusqu’à Bastille sans soucis. Au moment d’entrer sur la place, les flics forment leur deuxième barrière de la journée, devant la BNP. Ça en énerve plus d’un.e, surtout que la première, c’était pour protéger une banque Société Générale. Lancement de quelques projectiles de notre côté. Iels répliquent aux lacrymos. Mouvement vers l’arrière mais pas trop violent. On arrive à rejoindre la place sans autre incident. Il est environ 17h.

Là, on décide de se séparer de la manif pour aller faire un tour au salon du livre libertaire, qui se tenait tout le weekend à l’espace des Blancs-Manteaux (pas loin de St Paul). C’est hyper agréable comme endroit et surtout comme rassemblement, on découvre plein de magazines, d’auteur.rices anarchistes, libertaires, féministes. On discute pas mal, et on fait le plein en informations et en documentation (dans la mesure de nos moyens). L’entrée était en prix libre, ainsi qu’une partie des ouvrages.

Samedi 22 avril 2017 – soirée.

Vers 18h30, on repart du salon et on se sépare. Je rentre chez ma maman, d’où je pars avec elle une heure plus tard pour aller à une soirée avec ses ami.es de Centrale Paris (et moi je suis à Centrale Nantes, reproduction des élites quand tu nous tiens…). Dès le début de la soirée, le ton est donné, on va énormément parler de politique. En même temps, une veille d’élections, je m’y attendais et je m’y étais préparée. Je savais que, outre ma maman, deux de ses amis étaient au courant que je suis abstentionniste, et ne manquerait pas de le signaler aux autres.

Pour se situer, un rapide sondage parmi les présent.es a donné une immense majorité pour Macron, ma maman pour Mélenchon, et quelques un.es qui hésitent entre Macron et Fillon. Le « pire résultat possible » pour l’une des présentes ? Le Pen – Mélenchon. C’est pas la joie dans ma tête, je sais que la soirée va être longue. Heureusement, j’ai bétonné mes dossiers, je connais les stats et les chiffres. Je peux expliquer dans le détail comment on nous ment sur les retraites, par exemple. Pour celleux que ça intéresse, je conseille de voir, si vous pouvez en live, la conférence gesticulée de Franck Lepage et Gaël Tanguy « Travailler moins pour gagner plus (vous pouvez la trouver sur YouTube ici). C’est long mais j’arrive à expliquer mon choix.

On parle aussi pas mal de mon handicap – si vous n’êtes pas au courant je me remets d’une fracture vertébrale (j’en parlerai plus longuement dans un autre article). Je ne suis pas la seule à vivre avec un handicap autour de la table, on est trois. Du coup, quand je soulève les problématiques liées notamment aux handicaps invisibles, les deux autres appuient mes propos avec leurs témoignages, c’est chouette. (Pas qu’on vive dans une société validiste, hein, que je n’aie pas à sortir trop de stats/chiffres/études sur le sujet pour « valider » mon témoignage)

Vient le moment assez sympa où un des mecs présents, sur le sujet de Fillon, sort qu’il « ne comprend pas la polémique autour de la phrase adressée à Léa Salamé« , parce que selon lui, « c’était peut-être maladroit, mais plutôt bienveillant ». Pas toutes les femmes présentes ne l’avaient vu donc on résume, et toutes sont d’accord : ah si, c’est quand même sexiste comme commentaire. Le mec persiste « non mais moi je trouve pas ». Quand j’essaie de lui expliquer que la première règle quand on s’intéresse aux oppressions, c’est d’écouter les concerné.es, il rigole et refuse de changer d’avis. Soit dit en passant, je trouve ça assez ironique que ce soit à moi qu’on reproche de ne pas être une bonne citoyenne (parce que je ne vote pas), alors que je suis l’une de celleux qui a le plus suivi les débats autour de la table.

On passe à table en discutant entre femmes (malgré quelques interruptions « humoristiques » de certains hommes) des codes sociaux imposés aux filles dès leur plus jeune âge. Personnellement, cela fait près de six mois que je ne mets plus de soutien-gorge, et un peu plus d’un mois que je ne me rase/épile plus. La discussion me donne l’occasion d’aborder le sujet avec ma maman, et ça fait beaucoup de bien (on en reparlera, mais en gros ma maman n’a jamais mis de soutien-gorge, et se rase très peu, ça a été un conflit entre nous quand j’étais au collège parce que même si je n’étais pas formée à l’époque, j’avais une forte pression extérieure à faire tout ça). Je trouve du soutien tout particulièrement chez deux filles à mon bout de la table, les deux mecs avec nous nous écoutent pas toujours, ils font plus de blagues qu’ils passent du temps à nous écouter. On parle notamment de harcèlement de rue et dans les transports, des pressions parfois très fortes sur les corps des femmes dès très tôt.

Petite mention spéciale au fait que je suis allée voir notre hôte en arrivant pour lui dire que j’étais végétarienne (ce que je n’avais pas eu l’occasion de faire avant) et que du coup elle a laissé séparés la viande et les légumes pour que je ne sois pas obligée d’en manger ! Et que je n’ai eu aucune remarque désobligeante sur ça à table !

On en vient à parler (me demander pas comment, j’ai pas tout enregistré non plus) de tout ce qui touche au milieu LGBTQIAA+ (si vous vous demandez ce que signifient tous ces termes, je vous renvoie à cette très bonne série de vidéos d’HParadoxæ). Et là, une de mes alliées sur les sujets précédents nous sors que pour elle, la PMA ne doit pas être accessible à tou.tes (oui, je rappelle que des hommes peuvent avoir un utérus fonctionnel, ainsi que des personnes non-binaires ou agenres, d’où le choix ici du .es). Je suis dég’, je croyais avoir une alliée. Heureusement la seconde est toujours d’accord avec moi, je ne suis pas seule. On discute du sujet, comme quoi « un enfant a besoin de modèles masculins et féminins » et « tu crois vraiment qu’un enfant dont les parents sont homosexuel.les va côtoyer des couples hétérosexuels?! ». Waouh ça fait peur. Quand je la mets face à des études sur le sujet « oui mais c’est pas mon ressenti » et puis « je suis sûre que je pourrais trouver des études qui disent l’inverse ». Bah trouve les. Je suis franchement choquée de voir des gen.tes qui se disent scientifiques et qui ont fait des études dans la science basent certains choix sur des préjugés pareils. Et aussi que des gen.tes prônant la liberté au dessus de toute autre valeur soit si prompt.es à en priver les autres. Pendant tout le repas, j’ai des petits regards de ma maman, qui me fait des sourires, ça me donne le sentiment d’être soutenue et en même temps d’avoir quelqu’un.e vers qui me tourner discrètement si j’ai mal. Ma maman au top.

Là petit (non) interlude validiste de la soirée. Un des potes de ma maman, parfaitement au courant de mon handicap (je l’ai vu y’a un mois quand j’avais encore mon corset) a trouvé ça drôle de me surprendre en me pinçant légèrement les côtés par derrière (vous voyez ce que je veux dire?). Évidemment j’ai fait un bond. Et ça m’a valu 15 minutes de larmes que je n’arrivais pas à retenir, et d’être ramenée à ma condition physique alors qu’on avait un super débat. Vraiment pas merci. Mais à ce moment-là, j’ai un message de mon grand frère qui me demande comment ça se passe et qui m’envoie du soutien, ça me requinque à un moment où j’en ai bien besoin.

Encore quelques discussions plus tard, on rentre. Je suis complètement crevée mais j’ai l’impression d’avoir été une guerrière.

Dimanche 23 avril 2017 – après-midi.

Oui, je passe directement à l’après-midi, mais longue soirée oblige, j’ai dormi jusqu’à midi. Le midi, on parle un peu de politique, mon grand frère et moi on se fait un peu engueuler par mon oncle d’être abstentionnistes mais on a trop d’arguments hehe.

Je passe près de 2h à mettre en forme mon article sur mon école d’ingénieur.es. Les premiers retours m’ont dit qu’il était violent et que c’était cool 😉

Vers 18h20, je pars pour la Nuit des Barricades. On est arrivé à Bastille, tranquille, pas mal de monde. Jusqu’à 19h30 ça se remplissait doucement devant l’Opéra, sur les marches et devant. À 19h30, ça commence à bouger, on sait qu’on est encerclé.es par les flics et qu’on pourra pas partir en manif. On fait deux tours de la place. On s’arrête. Y’en a qui commencent à arracher les lattes de l’échafaudage de la statue. Les flics chargent. On reste assez groupé.es au début, et puis y’en a plein qui reculent. Avec mon frère et Adrien (son coloc) on est juste devant les flics, ils (pas vu une seule meuf) sont à un mètre de nous. Gros mouvement vers l’arrière quand les flics commencent à gazer au poivre. Ça fait putain de mal, plus possible d’ouvrir les yeux et on tousse non stop. On recule en essayant de pas se péter la gueule. Pas loin, ça gueule de se rassembler, y’a une meuf qui s’est prise un projectile dans l’œil. On se regroupe. Les flics nous nassent. On fait bloc autour de la meuf, à terre, pour qu’elle puisse être soignée. On arrive à se que les flics appellent une ambulance. On est nassé.es. De l’autre côté de la nasse, les flics poussent. On essaie de les repousser, y’a toujours la blessée à terre. Du coup, du côté de la blessée, ils sont pas contents qu’on pousse. Alors ils gazent. Ouais, ils ont gazés une blessée. Ça se calme, l’ambulance arrive. Pour nous, impossible de bouger, on est une trentaine. On va rester là presque 1h30. On chante et danse. Un peu avant la fin, y’a un gros mouvement depuis l’autre côté de la nasse, on sait pas ce qu’il se passe mais d’un coup les flics chargent. On est coincé entre eux, et ils gazent. Et puis ils s’écartent beaucoup, on peut enfin respirer. On soigne un mec qui s’est pris des coups de matraque, deux grosses plaies à la tête. Et d’un coup, tous les flics se barrent, on comprend pas trop de qu’il se passe. La marche autour de la place reprend, c’est très rapide. On croit qu’on va arriver à sortir de la place mais toujours pas, on est parqué.es juste moins serré.es. Là moi j’ai dit dodo. On a réussi à sortir (en tout petit groupe ils laissaient passer, c’est la manif qu’ils bloquaient). Faut marcher jusqu’à gare de Lyon (et je suis épuisée donc c’est difficile) mais j’ai pu rentrer.

Voilà, c’est que 48h de résumé. Où je voulais en venir ? Je voulais vous montrer que la politique, ça ne se contient pas dans une urne. Nos idées et nos valeurs sont trop grandes pour ça. Je voulais aussi montrer, à celleux qui en doutent encore, qu’abstention ne rime pas toujours avec rien-à-foutre. Et que, comme je le disais au début de ce billet, quoiqu’il se passe dans deux semaines, on sera dans la merde. A nous d’être présent.es, de réinventer encore et toujours nos luttes et de continuer à avancer.

Des câlins à tou.tes celleux qui en veulent, on se retrouve dans la rue ❤

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